Le polymorphisme moléculaire du chromosome Y est-il affecté par le système sex-ratio de distorsion de ségrégation méiotique des chromosomes sexuels de D. simulans?

Catherine Montchamp-Moreau
Laboratoire Populations Genetique et Evolution
CNRS UPR 9034 - 91198 Gif sur Yvette Cedex - France
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En raison de sa transmission de type clonal, et de son état hémizygote, le chromosome Y est soumis à un régime de sélection tout à fait différent de celui qui s'exerce sur les autres chromosomes. Parmi les conséquence de ce statut particulier, on attend un abaissement du niveau de polymorphisme de l'Y, par rapport à celui des autres chromosomes. En accord avec cette prédiction, les rares données publiées sur le polymorphisme moléculaire de gènes du chromosome Y des drosophile suggèrent que ceux-ci sont extrêmement peu polymorphes.

Ces observations sont en contradiction avec celles que nous avons faites dans le cadre de nos travaux sur le système sex-ratio des drosophiles. Dans ce système, le chromosome X porte parfois des allèles qualifiés de "distorteurs", qui empêchent chez les mâles la production de spermatozoïdes Y. Ces mâles produisent alors une descendance composée en majorité de femelles. Dans l'espèce D. simulans des suppresseurs de la distorsion ont évolué sur le chromosome Y, assurant le maintien d'un sex-ratio équilibré dans les population naturelles, en dépit d'une fréquence parfois très élevée de chromosome X distorteurs. Nous avons mis en évidence une grande diversité des chromosomes Y de D. simulans quant à leur sensibilité aux distorteurs de sex-ratio portés par le chromosome X. Selon la nature du chromosome Y qui se trouve en combinaison avec un chromosome X distorteur, le pourcentage de femelle dans la descendance d'un mâle peut aller de 50% (Y totalement suppresseur) à 96% (Y considéré comme non suppresseur). Entre ces extrêmes, un continuum de phénotypes existe à l'échelle de l'espèce. Plus le niveau moyen de suppression exprimé par les chromosomes Y est élevé dans une population, et plus la diversité de leurs phénotypes est grande. Un tel degré de polymorphisme sur le chromosome Y est tout à fait innattendu, et suggère que les interactions sélectives entre X et Y dans le cadre des systèmes sex-ratio de distorsion de ségrégation méiotique pourraient conduire à une augmentation du niveau de polymorphisme général de ce chromosome.

C'est cette hypothèse que nous voulons tester, en analysant le polymorphisme moléculaire du chromosome Y dans des populations caractérisées par des niveau différents de polymophisme de ce chromosome quant à son caractère suppresseur.